« C’est une drôle de chose que la vie – ce mystérieux arrangement d’une logique sans merci pour un dessein futile. Le plus qu’on puisse en espérer, c’est quelque connaissance de soi-même – qui arrive trop tard – une moisson de regrets inextinguibles.« 

Joseph Conrad

J’ai 13 ans

J’ai 13 ans, comme à mon habitude, je traine sur le chemin du retour.

Il m’est impossible de rentrer directement à la maison, je tiens plus que tout à cet espace de liberté bien modeste mais c’est ma respiration. La vie de la rue, observer chaque jour les changements qui s’opèrent dans mon environnement familier. La dame du 28 qui aujourd’hui s’est faite élégante, peut-être a-t-elle rendez-vous avec un amoureux ? Et la mère du petit garçon qui une fois encore lui hurle dessus parce qu’il traverse sans regarder….J’adore inventer des vies à tous ces gens que je croise chaque jour sans les connaître. Ça lmamuse et j’ai toujours peur de rater un épisode. Une fois à la maison l’univers se fige, tout est connu, le temps passe et se répète sans cesse.

Ce jour là cependant, j’ouvre la porte et vois sur la table du salon une enveloppe avec mon nom, elle vient de l’étranger.

Aussitôt je pense que c’est de mon père et me précipite pour aller la lire dans un coin où personne ne viendra me déranger. Prendre son temps, la savourer. C’est à chaque fois pareil, il est loin mais sa vie aventureuse me fait rêver et je fais la fière car j’en fait un peu partie. Je l’ouvre et un petit mot m’explique que le billet d’avion est pour moi et qu’il m’attend à Lima le mois prochain. Il est dans les Andes pour de longs mois, il ne rentrera pas en France avant longtemps, il a pensé que c’était mieux si elle le retrouvait là-bas. Je ne vois même pas qu’il ne me raconte rien.

Dès le lendemain, je rentre directement à la maison, c’est devenu un espace de liberté où je peux rêver à mon prochain voyage, à ces pays si lointains, qui me paraissent exotiques. Jouer les retrouvailles avec mon père, apprivoiser mes craintes, essayer d’être à la hauteur.

Je me dis que j’ai de la chance, que ça n’appartient qu’à moi.

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