Je viens de passer dix jours à Paris. J’aime la ville, j’ai vu Jules, beaucoup plus que ce à quoi je m’attendais après toutes ces années à tenter de l’éloigner de moi. Étrange vie que celle de Jules, son enfance passée à caresser la mort sans cesse sans arriver vraiment à apprivoiser la vie. Et puis il est là, dans le désir, joyeux, même parfois plein de vie.
Parler de la bifurcation.
Jules est longtemps resté au croisement, sans pouvoir se laisser aller paisiblement ou non d’un côté ou de l’autre, il a souvent aussi essayé de se jeter de la falaise plutôt que de choisir les chemins qui se présentaient ou de s’abandonner d’un côté ou de l’autre. Aujourd’hui il a résolument pris un sentier qui le mène vers demain. Enfant il me répétait sans cesse : « tu sais maman, je ne sais pas si j’ai eu raison de choisir de revenir, je crois que je préfère la mort » et je le rassurais en lui disant que son choix n’était pas définitif, qu’il pourrait toujours changer d’avis. Souvent il m’a demandé : « s’il te plaît maman tue-moi ».
Je pense au barbouilleur et sa recherche d’authenticité, son travail sur l’attitude et me demande si ce n’est pas incompatible tout ça. Réfléchir sur son attitude la transforme à l’instant même ou l’idée de la réflexion pointe son nez. Comment dès lors ne pas déterminer l’attitude, la rendre fidèle à ce qu’on veut lui faire dire, à ce qu’on veut en comprendre.
Je parle de Jules parce qu’il me semble qu’il a longtemps été dans l’incapacité de réfléchir à son attitude et qu’il la laissait vivre en lui sans jamais intervenir ni pour bien faire, ni pour plaire ou être fidèle à ce qu’il voulait montrer. Il n’avait pas d’idée préconçue de ce qu’elle était devait être ni de ce qu’elle produisait. Je me suis vite demandé si ce n’était pas cette absence d’emprise sur lui-même qui l’aliénait complètement.
C’est paradoxal, je me suis longtemps dit que j’aurais dû y voir la liberté et finalement c’était le contraire, il était prisonnier de son authenticité et de son manque de prise sur son attitude. En tout cas il était dans une grande solitude, douloureuse et violente.
Voilà pourquoi les mots du brabouilleur me rendent perplexe, soit je ne les entends pas pour ce qu’ils sont, soit je trouve le chemin qu’il emprunte troublant et je m’interroge sur cette recherche d’authenticité, sur ce besoin qu’il exprime. Il sait qui il est, il sait aussi qui il donne à voir, il maîtrise son image.
Peut-être s’agit-il plus pour lui d’une recherche d’acceptation que d’authenticité ?
Je le trouve finalement très touchant dans cette assurance fragile qu’il laisse
paraître.
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